Des chirurgiens israéliens viennent en aide aux brûlés de Haiti


07 juillet 2020

Une équipe de spécialistes des brûlures et de la chirurgie plastique du centre médical Sheba à Tel Hashomer, en Israël, s’est rendue en Haïti. Elle a livré et utilisé le premier laser médical du pays. Le directeur du Centre national des brûlés de Sheba, le professeur Josef Haik, et deux collègues israéliens ont encadré 30 chirurgiens, infirmières et thérapeutes de six hôpitaux en Haïti et en République dominicaine pour leur enseigner la manière d’utiliser le laser et d’effectuer d’autres soins de pointe pour réduire et atténuer les cicatrices défigurantes, douloureuses et/ou qui limitent les mouvements.

Selon le professeur Haik, le centre I-PEARLS de Sheba a effectué 1 000 interventions par an au cours des trois dernières années, la moitié environ des patients provenant des territoires palestiniens. Contrairement aux procédures effectuées sur les adultes qui peuvent souvent être réalisées sous anesthésie locale, celles effectuées sur les enfants nécessitent une anesthésie générale.
Cependant, les médicaments et les fournitures chirurgicales facilement disponibles en Israël sont rares en Haïti et en République dominicaine où environ 60 % des victimes de brûlures ont moins de 12 ans. La majorité de leurs blessures sont causées par des modes de cuisson dangereuses, un câblage électrique défectueux ainsi que par le stockage et la manipulation dangereuse de l’essence. Le tremblement de terre dévastateur de janvier 2010 avait également provoqué de nombreuses brûlures.
« Il y avait un manque de produits anesthésiants et de médicaments, et ils avaient peur d’utiliser les fournitures dont ils disposaient », a déclaré le professeur Haik.
Si les chirurgiens israéliens ont parfois trouvé la situation écrasante, ils ont été impressionnés par la façon dont leurs homologues haïtiens avaient trouvé des moyens de compenser ce qui leur manquait. « Notre équipe chirurgicale de Sheba a établi une relation avec les Haïtiens à un niveau profond et presque spirituel. Ils ont assumé leurs missions d’enseignement et de clinique avec une attitude pragmatique et humble. Ils ont clairement indiqué qu’ils n’étaient pas venus pour changer leur façon de pratiquer la médecine, mais seulement pour les soutenir dans la prise en charge de certains des cas de traumatisme les plus difficiles qu’on puisse imaginer », a déclaré le fondateur de BAN, l’avocat Samuel Davis.

Avec les émeutes, les pénuries de carburant et les routes impraticables à cause des barricades de pneus en feu seulement deux semaines avant la mission du 5 au 7 janvier, M. Davis a déclaré que c’était « miraculeux » que les objectifs éducatifs et cliniques de la formation I-PEARLS aient été atteints. L’équipe israélienne a fait une démonstration de l’utilisation du laser sur 12 patients et a guidé les chirurgiens locaux qui l’ont essayé pour la première fois. Ils ont également effectué des conférences et des présentations sur divers sujets liés aux soins des brûlures, tels que la nécessité d’une greffe de peau précoce et la thérapie physique comme suivi à la chirurgie pour prévenir les contractures
« Le laser est une bonne initiative », a souligné, pour sa part, le Dr Rolph Richeme, chirurgien haïtien spécialiste des brûlures et président de la Fondation Haïtienne d’Aide Aux Brûlés (FONHAB). « Je pense que si les patients souffrent d’hypertrophie ou de chéloïdes, alors avec cette technologie, ils seront beaucoup plus beaux et se sentiront mieux ».
Au cours de leur tournée, Haik et son collègue le Dr Moti Harats ont rencontré deux patients gravement malades, littéralement sur le point de mourir de leurs brûlures, selon Davis. « Il y avait un petit enfant qui était tellement infecté, et pourtant il était sur le point d’être renvoyé chez lui ! » a rapporté Haik.
Après avoir examiné le garçon dans une chambre d’isolement, les médecins israéliens ont déterminé que l’infection virulente nécessitait une intervention chirurgicale immédiate. L’équipe a effectué un débridement profond et a constaté que l’infection s’était propagée à un ganglion lymphatique. Si l’intervention avait été retardée de quelques jours, il était probable que le garçon meurt de la propagation de l’infection dans son sang.
Le deuxième cas concernait une femme de 27 ans qui avait été brûlée six mois auparavant lorsqu’elle était tombée la tête la première dans un réchaud, ou poêle traditionnel haïtien. Son visage et son cou avaient été profondément brûlés au deuxième degré, mais il n’était pas possible de lui faire une greffe de peau. Lorsque les Israéliens sont arrivés, la femme avait formé des cicatrices chéloïdes qui ont fait que sa bouche était presque complètement fermée. A peine capable de se mettre une paille dans la bouche pour se nourrir, elle mourait de faim. Pour compliquer les choses, la femme était enceinte de sept mois.
« L’équipe israélienne a dû prendre une décision terriblement difficile. Pour sauver à la fois cette femme et son enfant à naître, ils devaient pratiquer une importante intervention sous anesthésie locale. S’ils n’essayaient pas de dégager sa bouche, il était certain que cette jeune femme et son enfant mourraient lentement », a expliqué M. Davis.
L’équipe de visite a même apporté de la nourriture du réfectoire aux patients, car les hôpitaux haïtiens ne fournissent pas de repas et les patients doivent compter sur ce que les membres de leur famille peuvent leur apporter à manger. Le geste des médecins n’était qu’un palliatif pour fournir les quantités adéquates de protéines nécessaires à la guérison des brûlés.

M. Haik, qui a participé à des missions médicales dans de nombreux pays du monde et qui représente Israël à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est positif quant aux résultats de la mission en Haïti. Lui et ses collègues restent en contact avec les chirurgiens d’Hispaniola sur les médias sociaux et sont disponibles pour des consultations à distance. Mais surtout, les médecins haïtiens et dominicains peuvent désormais s’aider mutuellement dans l’utilisation de cette technologie.
« L’effet multiplicateur de la mission est le plus grand des trésors », a-t-il déclaré.
Davis a commencé son travail au profit des grands brûlés avec des « camps de brûlés » en Israël, en Inde et au Brésil, afin d’aider les enfants et les adolescents à faire face à leur défiguration physique et à leurs cicatrices émotionnelles. Cependant, avec les progrès cliniques réalisés au cours des cinq dernières années grâce à l’introduction des lasers, Davis a décidé que BAN devait se concentrer autant sur la technologie que sur la guérison psychosociale.
« Je suis convaincu que l’avenir des soins pédiatriques aux brûlés, même dans les pays aux ressources limitées, comprendra à la fois des camps de brûlés pour restaurer l’esprit et la thérapie laser pour guérir les cicatrices », a déclaré M. Davis.

Levia Ruimy

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